08 mars 2007

Puna - Village Lahu

Avant de vous parler de mon petit séjour dans une tribu, laissez-moi vous présenter l'initiateur. Le pasteur dont John est proche vient de Hong-Kong et est marié avec une femme lahu. Ils accueillent en permanence une dizaine d'enfants lahu pour qu'ils puissent être scolarisés en ville. Donc c'est un peu une joyeuse colonie de vacances là-bas. Samedi j'ai eu l'occasion de leur donner un petit cours d'anglais, et ça leur a beaucoup plu. A moi aussi ! :-)



Une des filles manquant beaucoup à sa grand-mère (qui l'élève comme sa fille), le pasteur avait organisé son retour pour une nuit. Et donc il a proposé à John et moi de l'accompagner. Avec grand plaisir, nous voici donc parti pour les montagnes. Avec quand même un petit arrêt à l'épicerie, pour acheter une brosse à dents, puisqu'on n'avait rien avec nous.

La route pour monter jusqu'au village est magnifique. Mais toujours brumeux...

On arrive dans un premier village lahu. Les Lahus font partie de ce qu'on appelle les "hilltribes" les tribus montagnardes de Thaïlande. Ils viennent du sud de la Chine mais ce sont installés là depuis longtemps déjà.
Nous laissons les scooters là bas, et c'est parti pour 5 km de marche. Et pas du terrain plat, j'ai rarement marché sur terrain aussi accidenté, rien à voir avec les Monts d'Arrée ! En fait il y a une route, ou plutôt une piste, qui mène jusqu'à Puna, mais nos hôtes font toujours marcher les visiteurs la première fois. Et puis, vu l'état de la route, je crois que je préfère la marche en effet ! Il y a énormément de poussière, rouge, mes pieds en sandalette sont très couleur thaïe à l'arrivée, c'est du plus bel effet.

On arrive finalement à Puna, 300 habitants environs. Comme dans les villages traversés avant, les têtes se tournent pour dévisager la Farang. Il faut s'y faire, je suis une curiosité !

On nous convie dans une maison pour un verre de thé fumé au feu de bois. Les murs sont en bambou, avec parfois un peu de brique pour les plus riches et le toit dans une sorte d'herbe. Les toilettes, à la turque, sont dans une cabane à l'extérieur. A l'intérieur c'est spartiate. Une longue couchette en bambou (où nous passerons la nuit) sert aussi de canapé. Pour manger on installe une petite table basse ronde et on s'installe sur des tabourets d'environ 10 cm de haut (ça compresse un peu l'estomac !). Des photos du roi, un calendrier (ils sont protestants). L'électricité a été installée il y a un an, révolutionnant le mode de vie des habitants. Premier achat : une télé ! Si la famille est assez riche, viendra ensuite un frigo. Toujours la télé, omniprésente. C'est d'autant plus remarquable que la plupart des habitants ne parlent pas thaï. Les jeunes qui sont allés à l'école sont bilingues, mais leurs parents et grands-parents ne parlent souvent que lahu. Donc ils regardent les images. Mais les voisins savent à quelle heure commence le film, et ils n'hésitent pas à s'inviter quand il faut. Les parents ne parlent pas thaï, mais les enfants ont tous 2 prénoms. Le prénom thaï est généralement donné par le pasteur. Je suis frappée par l'âge des jeunes mères, à peine plus de 20 ans en général. Renseignements pris, elles se marient effectivement vers 17-18 ans, et le premier bébé arrive vite.







Une grande tente est plantée au centre du village. C'est la caravane du projet royal d'instruction des populations montagnardes. Pour l'occasion certains enfants ont revêtu le costume traditionnel. Les habitants des villages environnants affluent, c'est pour ça qu'il y a autant de scooters sur la photo ci dessus.

Le thème de l'intervention : la culture du thé. Pour l'instant ils cultivent du riz et du maïs, mais les rendements doivent être bien médiocres vu la terre. Planter des théiers sera sans doute une bonne idée.


Ils n'ont pas beaucoup de moyens, mais quand ils reçoivent ils mettent les petits plats dans les grands : on a le droit à un repas amélioré. Riz, nouilles, poulet, lard. Au quotidien c'est plutôt riz et légumes ramassés aux alentours.


Préparation des galettes de riz gluant. Oui, oui, c'est bien du riz


La grand-mère qui se languissait de sa petite-fille (la plus âgée), sa fille, et deux autres petites filles. Le grand-père était déjà parti travailler.

Comme souvent, les filles aimeraient quitter le village, et travailler en ville, alors que les garçons pensent y rester.

Je suis vraiment contente d'avoir eu la chance de passer 2 jours dans ce village. On peut le faire en tant que touriste, dans d'autres villages, mais là je suis sûre que c'était la réalité.

11 commentaires:

Beaumont a dit…

Superbe ! Des rencontres pareilles sont inoubliables, ça relègue bien bas les petits problèmes franco-français, les gens qui râlent pour un rien, le bourrage de crâne Sarko-Ségo... Le monde est plus grand que ça, il suffit de vouloir élargir un peu son horizon.

(Pour ce qui est de l'âge des jeunes mères moi ce qui m'étonne c'est de voir des Françaises attendre 40 ans avant de faire un enfant !)

Léti a dit…

Quel plaisir de pouvoir être dépaysée l'espace d'un instant, à la lecture de tes voyages, même très localisés !
On relativise mieux en voyant les photos. Un scooter et une télé ! Ce sont des familles qui en bavent peut-être mais elles savent mieux survivre que nous avec moins. Je ne crois pas qu'une des deux situations soit plus enviable que l'autre selon le point de vue que l'on prend.
Merci Maï

Maï a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Igrecpoint a dit…

Whoua ...
Maï en barbouze dans les hauteur thaïlandaise.
En fait ce que vous savez pas Maï travaille pour la DEA et traque les paysans qui cultive le pavot ...

Fin de la blague.

Il vivent de quoi ces gens là ?

Gaï a dit…

Pourquoi le riz est noir-gluant... mais sans doute appétissant !?

Maï a dit…

Oui, ça permet de relativiser beaucoup de choses ! Et de revenir aux choses simples, qui ont aussi du bon.

Cependant, je crois qu'il ne faut pas romantiser la pauvreté. C'est pas facile. En tout cas, si ces gens pouvaient choisir, je doute qu'ils opteraient pour leur vie actuelle.

Comme pour tout, ou presque, il faut trouver le juste milieu :-)

Maï a dit…

En fait c'est pas vraiment gluant. En anglais on dit "sticky", collant. C'est plus proche de la réalité. Pour la couleur, il y a plusieurs variétés.

Officiellement il n'y a plus de culture de pavot en Thaïlande. Mais i l reste encore des trafics avec les pays voisins... J'ai demandé de quoi ils vivaient dans ce village, on m'a dit culture du riz et du maïs. Mais ça ne doit pas représenter grand chose...

Beaumont a dit…

Bien d'accord avec toi sur le fait qu'il ne faut pas romantiser la pauvreté, d'ailleurs je préfère voir un fermier sortir de chez lui dans un pickup plutôt que les pieds dans la boue derrière un buffle, même si pour les touristes ça fait plus "authentique". Il n'en reste pas moins que c'est toujours incroyable de se retrouver dans ce genre de situation, c'est un voyage dans le temps et dans l'espace.

Maï a dit…

Tu es d'accord avec moi, et je suis d'accord avec toi, quel beau consensus :-D

Anonyme a dit…

chez nous c'était le cheval ou le massey ferguson , mais la boue était garantie ! le progrès a du bon , et j'ai remarqué que le pick up multi usages aide beaucoup les thaï pour tous les travaux , tant mieux ; pour les touristes il restera les cartes postales ou la reconstitution de scènes à l'ancienne et les livres d'histoire bien sur . A. M.

Sonka a dit…

Ben, je suis pas très d'accord avec toi Beaumont sur l'âge de la maternité... Je pense que, tout comme la pauvreté à ne pas romantiser, si les filles sont mères si tôt, c'est qu'elles n'ont pas beaucoup de choix ! (absence de contraception ? poids des traditions ?). En France, on est (le plus souvent) mère quand on en a envie et qu'on pense avoir les moyens d'élever dignement son enfant, ailleurs on est parfois mère... juste parce que c'est comme ça.